COMMISSION
DES DROITS DE L'HOMME
Soixantième session (2004)
Point 10 de l'ordre du jour provisoire
DROITS ÉCONOMIQUES, SOCIAUX ET
CULTURELS
Exposé écrit* présenté par le Mouvement international d'apostolat des milieux
sociaux indépendants (MIAMSI),
organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif spécial
Le Secrétaire général a reçu l'exposé écrit suivant, qui est distribué
conformément à la résolution 1996/31 du Conseil économique et social.
[21 janvier 2004]
1. A la 58e et à la 59e session de la commission des droits de l'homme, nous
sommes intervenus pour rappeler à cette commission les objectifs fixés dans
l'appel effectué en automne 2002 par le secrétaire général de l'ONU, M. Kofi
Annan, lors du lancement de la nouvelle campagne destinée à permettre la mise
en œuvre des buts contenus dans le programme de développement du
Millenium.
2. Avec le secrétaire général, M. Kofi Annan, nous pensons que le retard pris
par ce programme entraîne le risque de ne pas atteindre les objectifs fixés et
approuvés par les 189 états membres des Nations Unies à la fin du sommet du
Millénaire à New York en septembre 2000.
3. De nombreuses prises de position soulignant cette urgence émanent de divers
horizons. Nous aimerions relever :
- Le message adressé à l'occasion de
- Le rassemblement d'ONG et de mouvements sociaux lors du sommet mondial sur la
société de l'information à Genève au mois de décembre 2003 qui a entendu le
secrétaire général M. Kofi Annan appeler les leaders du monde en développement
et du monde industriel, ainsi que ceux du secteur privé et de la société
civile, à saisir l'occasion unique qui leur est fournie par le Sommet de forger
un plan d'action qui placera la technologie au service du développement.
- Le travail effectué par les membres de notre mouvement qui se sont penchés
sur les dysfonctionnements dans leur pays; ce sont des témoignages portant sur
les défis posés par la migration et l'économie mondialisée en France, où l'on
réclame une réglementation sociale internationale et supranationale qui
permette d'aborder les problèmes de la mondialisation dans une optique de
développement à long terme plutôt que de viser le court-terme. En Italie, on
soulève le problème du travail effectué par des travailleurs immigrés
clandestins, sans domicile fixe, sans aucun droit, qui représente le 16 % du
PIL, 162 milliards d'Euros sur lesquels ne sont perçus ni taxe, ni impôt.
- Le message adressé en date du 4 novembre 2003 devant l'UNESCO par son
Eminence Renato Raffaele Cardinal Martino, Président du Conseil Pontifical
"Justice et Paix", à l'occasion du 40e anniversaire de la parution de
l'encyclique " Pacem in terris". De cette remarquable intervention,
nous désirons extraire quelques passages concernant la promotion des droits de
l'homme et la lutte contre la pauvreté :
" Si l'on considère attentivement les questions qu'une telle culture doit
affronter à notre époque, il me semble qu'il est impossible d'ignorer les défis
et les opportunités que le phénomène, complexe et décisif, de la mondialisation
pose à la construction de la paix entre les hommes".
" Parmi les perspectives valables pour la promotion d'une culture
authentique de la paix, je citerai les suivantes : la citoyenneté mondiale, le
capital social mondial et l'autorité politique mondiale."
"L'un des points plus complexes et délicats dans la définition de la
culture de la paix est certainement celui relatif aux conditions éthiques et
politiques de la reconnaissance d'une "citoyenneté mondiale". La
condamnation du racisme, la tutelle des minorités, l'assistance aux personnes
déplacées et aux réfugiés, la mobilisation de la solidarité internationale au
bénéfice de toutes les personnes dans le besoin, indépendamment du fait
qu'elles soient citoyennes ou non d'un Etat donné, ne sont que des applications
conséquentes au principe de la citoyenneté mondiale. "
"Dans son Message pour
La mondialisation produit des acteurs globaux qui oeuvrent "au-delà"
des législations nationales. On assiste désormais à la mise en place d'un
processus diversifié de nouvelles typologies normatives et de nouveaux
organismes juridictionnels tendant à dépasser le seuil du simple caractère
"politico-juridique étatique " du droit. La naissance d'une Cour
Pénale Internationale, le processus de renforcement d'un "droit
européen", les nombreux cas de lois d'un Etat qui acquièrent une valeur
entre les frontières d'un autre, les normes et sanctions imposées par les
Organismes internationaux, l'augmentation du nombre de Traités internationaux
souscrits par de nombreux Etats, tous sont des exemples d'un itinéraire en acte
qui a besoin d'être soutenu et orienté en vue d'une "collaboration réglée
par le droit et orientée vers le bien commun".
Lorsque l'on considère les contenus permettant de donner un profil solide à une
culture de la paix dans l'ère de la mondialisation, on ne peut négliger le
thème d'une autorité politique mondiale. Comme on le sait, Pacem in terris
consacre une large attention au thème de l'autorité, en demandant la
construction d'une autorité mondiale. Il faut noter que Jean XXIII considère
que "les pouvoirs publics des diverses communautés politiques" n'ont
pas une autorité suffisante pour réaliser le bien commun universel qui
"soulève des problèmes extrêmement graves, difficiles, et qui exigent une
solution rapide, surtout quand il s'agit de la défense de la sécurité et de la
paix mondiales".
" Selon Pacem in terris, aucun pouvoir national, aussi puissant et fort
soit-il, n'est en mesure, s'il est seul, d'établir les bases d'une paix
mondiale et du bien commun universel. L'insuffisance "structurelle"
ne concerne pas tant les aspects matériels, comme la puissance économique ou
militaire - qui, aujourd'hui ou demain, pourraient aussi être ceux d'une
puissance véritablement "mondiale" - mais bien plutôt le fait que le
bien commun universel est un concept moral qualitatif et non quantitatif.
"
"Etant donné que l'autorité universelle doit avoir un fondement éthique et
culturel, elle doit être construite patiemment, en l'établissant toujours sur
l'unité de la famille humaine et à son service, pour ne pas obéir "à des
intérêts particuliers". Il ne s'agit pas de rédiger la constitution d'un
super-Etat mondial, mais plutôt de poursuivre et d'approfondir un processus,
déjà en acte, de construction en commun de niveaux transparents et subsidiaires
d'autorité."
"Il faudra aussi développer le potentiel pédagogique des Organisations
internationales.
4. Le rapport présenté par le CIDSE et CARITAS International en Octobre 2003
dans le cadre du suivi des objectifs du développement du Millénaire (Document
de réflexion ). Ce document rappelle les objectifs approuvés en septembre 2000
et précise les étapes du calendrier établi par les chefs d'état du monde qui,
pour la première fois, ont décidé de travailler ensemble. Cet agenda représente
un outil de suivi qui doit permettre aux leaders du monde en développement,
ainsi que ceux de la société civile d'effectuer des actions de lobbying en vue
de l'établissement d'un environnement économique, financier et commercial qui
n'entrave pas les efforts de développement.
5. Conclusion
Basé sur l'urgence de la situation et nous appuyant sur les nombreuses
interpellations de la société civile allant dans ce sens, et comme nous l'avons
déjà demandé lors de nos interventions à la 58e et à la 59e session, notre
mouvement propose à la commission de soumettre à ECOSOC la décision de création
d'un Conseil de Sécurité Economique, afin de permettre de procéder au contrôle de
la réalisation des objectifs approuvés par les 189 états membres des Nations
Unies et également assurer la coordination entre les différents acteurs qui
œuvrent dans le monde afin de faire progresser l'éradication de la
pauvreté.
Il reste onze ans à la communauté internationale pour atteindre le deuxième but
énoncé dans les Objectifs du Millénaire :
Réduire de moitié la proportion de personnes souffrant de la faim d'ici à 2015.
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* Exposé écrit publié tel quel, dans
la/les langue(s) reçue (s), sans avoir été revu par les services d'édition.