Intervention du Père Daniel Nourissat

70 ans de Rinascita Cristiana

 

Salam aleikoum ! Buon Giorno chez moi Maroc où, grâce au MIAMSI, j’exerce mon ministère depuis 8 ans. Quand j’ai été appelé comme aumônier international du MIAMSI en 1996 – ce qui m’a permis de participer à l’équipe qui a osé organiser le congrès de Fiuggi, en 2000 – on m’a bien vite demandé d’aller visiter le seul mouvement du MIAMSI qui existait alors en Afrique subsaharienne : le groupe Amitié du Burkina Faso, fondé par des membres de Rinascita !

 

Et je voudrais vous raconter comment nous avons osé planter un noyer ou un baobab… qui étend maintenant ses racines dans 8 pays et commence à nous offrir quelques excellentes noix que je voudrais vous offrir comme cadeau d’anniversaire pour vos 70 ans !

 

C’était l’époque du 1° synode des Eglises d’Afrique, et dans son exhortation apostolique finale, le pape Jean-Paul II écrivait : « si l’Afrique a tant de mal à se développer, n’est-ce pas parce qu’il y a trop peu de chrétiens engagés dans la vie politique ? » Avec les responsables du mouvement de jeunes du MIAMSI, la JICI, en particulier les amis Dominique de France, et Jean de Dieu du Mali qui aurait dû être avec nous aujourd’hui, nos équipes internationales ont décidé, à leur modeste mesure, de relever ce défi. Car l’originalité de nos mouvements est d’inviter les personnes qui exercent des responsabilités à changer leurs mentalités pour les mettre au service du « bien commun ».

 

Alors nous avons décidé que le savoir-faire de notre MIAMSI, nous pourrions le mettre gratuitement au service des jeunes adultes des pays d’Afrique de l’Ouest, pas d’abord pour fonder des mouvements du MIAMSI, mais pour travailler au développement de ces pays pour qu’il y ait moins de personnes qui s’enfuient de chez eux pour passer chez nous au Maroc ou en Tunisie, et se noyer dans la mer au large de Lampedusa… Requiescant in pace !

 

Et nous avons inventé ce que nous appelons le FORUM CITOYEN. Il s’agit de convoquer pour une semaine de travail selon la démarche de nos mouvement : Voir – Juger – Agir, de jeunes adultes de 20 à 45 ans déjà engagés dans l’Eglise et dans la société, soucieux de lier leur vie et leur foi, et provenant de plusieurs pays à la fois : la dimension internationale est fondamentale, car on découvre que ce qui semble impossible chez soi ne l’est pas dans le pays voisin, et réciproquement.

 

Le premier FORUM CITOYEN s’est réuni à Bamako au Mali en 2003 sur la question de l’engagement dans la vie politique. Pourquoi au Mali ? Parce que ce pays a un savoir faire que peu de pays avaient à l’époque : la décentralisation, c’est-à-dire la mise en œuvre de ce principe fondamental de la doctrine sociale de l’Eglise qu’est la subsidiarité. Les 60 participants provenant de 8 pays d’Afrique de l’Ouest ont d’abord découvert que déjà ils étaient des citoyens actifs, chacun dans sa cité, dans son pays. Le savoir-faire pédagogique de nos animateurs, Augustin Cissé et Emmanuel Sagara, a fait merveille. Puis ils ont découvert le trésor d’expérience que constitue la doctrine sociale de l’Eglise : ils connaissaient cette expression, mais c’était pour eux un mot vide, sans contenu, et c’est avec émerveillement qu’ils ont découvert combien l’expérience de catholiques dans beaucoup de pays permet de dégager une manière catholique de pratiquer la politique. Alors, chacun, chacune a pris des engagements concrets à mettre en œuvre là où il vit. Et nous nous sommes donné rendez-vous 3 ans après.

 

En 2007, les membres d’un mouvement d’Eglise qui ne connaissaient pas le MIAMSI, le mouvement Huenusu du Bénin nous a accueillis à Cotonou. Nous avions décidé de travailler cette fois-ci sur l’engagement économique. Pourquoi au Bénin ? Parce que Huenusu rassemble des personnes qui ont décidé que la corruption n’est pas une fatalité, et qu’on peut la faire régresser en travaillant à repérer ses causes et en changeant les structures de péché qui la rendent possible. Mais aussi, au Bénin, il y a un extraordinaire laboratoire de développement rural qui s’appelle SONGHAÏ, à Porto Novo, où les 80 participants provenant de 8 pays ont passé une journée. Une semaine de partage d’expériences, de mise en commun des engagements pris 3 ans auparavant… Et la surprise de voir que nos amis  du Mali avaient fondé un mouvement, le MCRC (Mouvement des Cadres et Responsables Chrétiens), et les Nigériens un GRAC (Groupe de Réflexion et d’Actions des Cadres catholiques nigériens) et qu’ils frappaient à la porte du MIAMSI !Nous avons offert à tous les participants le tout nouveau Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise : j’espère que vous le connaissez tous et qu’il est en bonne place dans chacune de vos bibliothèques ! Vous auriez vu leur émerveillement de feuilleter ce document, de repérer les articles concernant la vie économique er de découvrir que l’Evangile et l’Eglise ne nous laissent pas seuls face au difficiles questions de l’initiative économique et de la création de richesses, sans toujours attendre, grâce à l’expérience de Songhaï, l’appui des pays du Nord. On s’est une nouvelle fois donné rendez-vous quelques années après.

 

Et c’est en 2011 que nous avons convoqué un 3° Forum Citoyen à Conakry. L’Eglise de Guinée nous l’a demandé, car le pays sortait tout juste de 50 ans de dictature, et la citoyenneté est un défi difficile … les élections qui se déroulent ces jours-ci le montrent. Nous avons choisi comme thème : « Justice, réconciliation, et dialogue interreligieux ». Pour la première fois, des anglicans, mais surtout des musulmans ont participé au FORUM CITOYEN qui regroupa plus de 120 personnes et fut sponsorisé par le président de la République lui-même. Pour la première fois aussi, un évêque envoyé par le Conseil Pontifical Justice et Paix a participé à cette rencontre. Et le premier fruit de ce Forum fut la création d’un conseil national du laïcat en Guinée, mais aussi la demande d’un vieux mouvement d’intellectuels guinéens passablement endormi, de créer des liens avec le MIAMSI.

 

Ce que j’essaie de vous dire en vous racontant cette histoire, c’est PREMIEREMENT combien il est important de se positionner sur les défis les plus complexes qui habitent les personnes en responsabilité, et particulièrement les jeunes adultes, ce que le pape François appelle les « extrémités », là où croit que la foi n’a rien à dire. DEUXIEMEMENT, notre démarche de révision de vie est un trésor méconnu qui permet aux personnes de découvrir qu’elles sont déjà acteurs, et en même temps, en analysant grâce à la foi, on peut découvrir des chemins inattendus, des toutes petites portes dans ce qui semble des murs infranchissables. TROISIEMEMENT la doctrine sociale de l’Eglise, pour peu qu’on la travaille, est un trésor de savoir-faires qui peuvent aider les responsables à changer le monde, au moins un peu. QUATRIEMEMENT : la dimension internationale est incroyablement féconde, dans l’Eglise cela s’appelle essayer d’être concrètement catholiques ! Ainsi nous avons découvert la capacité d’organiser la société des Maliens qui envoient des centaines de petits paysans maliens se former à Songhaï pour sortir de l’économie de subsistance, le savoir-faire contre la corruption des Béninois, et le savoir-faire du dialogue islamo-chrétien des Guinéens, l’implication des Congolais de l’ACI-RDC pour changer les structures économiques qui exploitent les femmes et les enfants dans les mines de coltan, tandis que le GRAC du Niger a grandement contribué à la transition démocratique dans son pays en tant présent dans toutes les commissions qui ont mis en place les nouvelles institutions, et Vie & Foi Maroc rassemble des cadres africains qui prouvent qu’ils peuvent contribuer au développement de leur pays – la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Burkina Faso – en créant des entreprises au Maroc. CINQUIEMEMENT la gratuité : nous n’avons pas d’abord travaillé pour fonder le mouvement, mais pour rendre les chrétiens plus citoyens, et du coup ils ont découvert qu’ils avaient besoin d’un mouvement comme le nôtre pour persévérer dans cet engagement.

 

Alors j’ai deux noix de notre Baobab à vous offrir comme cadeaux d’anniversaire ! La première : en juillet dernier, est née la Région Afrique du MIAMSI, et je suis sûr que ces mouvements sauront nous apprendre de nouvelles manières d’espérer en l’avenir de nos mouvements d’Europe. La deuxième noix : si Jean de Dieu sans lequel nous n’aurions jamais osé inventer les FORUMS CITOYENS, n’est pas avec nous, c’est parce qu’on lui a demandé, à cause de cette expérience, de se présenter avec plusieurs autres membres du MCRC, aux élections législatives dans le Mali en reconstruction. La boucle est bouclée : ce qui nous a mis en route, c’est l’interpellation de Jean-Paul II il y a 15 ans à ce que les chrétiens s’impliquent en politique ; le MIAMSI d’Afrique a travailler à former des citoyens vraiment chrétiens, et grâce à votre prière d’aujourd’hui et de demain, des membres du MIAMSI seront demain des ferments de renouveau dans l’assemblée nationale du Mali et travailleront pour que plus personne n’ait d’autre solution que de rêver de traverser la Méditerranée pour faire vivre sa famille en Afrique !

 

Barak allaoufiq = grazie mille !

Nouvelles
Photos