Aumonerie

Renouveler l’élan de solidarité et la conscience des responsabilités, en

vue de l’œuvre de réconciliation demandée aux églises d’Afrique

P. Jean-Pierre Ranga,

Aumônier International du MIAMSI

Résumé du texte : Pour que l’événement du synode africain célébré à Rome laisse une trace dans l’engagement des mouvements qui composent le MIAMSI, voici la réflexion que je propose :

1 – Accueillir ce synode comme un moment où l’Esprit parle aux églises afin de retrouver cet élan d’espérance dans le renouvellement de la solidarité vécue entre les églises et les nations en faveur de l’Afrique.

2 – Veiller dans notre discernement à l’équilibre du mystère de l’incarnation et du mystère de la rédemption, afin de faire prendre conscience des responsabilités des groupes et des personnes, acteurs du développement sur place. En effet le regain d’espérance en l’avenir dépend des responsabilités des gens et des institutions sur place. Il nous faut tenir compte des réalités humaines telles qu’elles sont vécues et des promesses de Dieu qui vient sauver le monde en se basant sur le mystère de la mort et de la résurrection du Seigneur.

3 – Retrouver les pages d’évangile qui appellent l’église et les personnes qui la composent à s’appuyer sur la patience de Dieu, sur la guérison apportée par le Christ afin de réaliser aujourd’hui son œuvre de réconciliation dans les cœurs des personnes et dans les institutions qui unissent les divers groupes concernés.

1 – Un élan de solidarité fondé sur cette espérance que l’Esprit apporte en parlant aux églises à travers cette expérience de foi vécue dans la célébration du synode.

La célébration en elle-même apporte un élan d’espérance au cœur des communautés chrétiennes et dans les institutions qui portent un intérêt au développement de l’Afrique en ce début du 21è siècle.

Pour que cet élan d’espérance soit ancré dans la vie des assemblées qui composent l’Eglise en Afrique, il faut qu’il soit reçu avec le cachet et l’autorité de l’Esprit de Dieu. Au bout des divers efforts de réflexion et de préparation du synode, par la voix des évêques et des experts réunis, les communautés chrétiennes recueillent les fruits du synode comme un don de Dieu. Un don où se reconnaissent la lumière et la force de l’Esprit de Dieu qui continue à dialoguer avec l’église, épouse du Seigneur. Cette réflexion se base sur les ch 2 et 3 de l’apocalypse concernant les lettres aux églises d’Asie. Ici il faut transposer en invitant toute l’église à écouter ce que l’Esprit dit aux églises d’Afrique

Les communautés chrétiennes ce sont en même temps les assemblées liturgiques locales, les institutions de formation et d’action sociale, les associations et divers regroupements des fidèles, sans oublier les instituts religieux. Dans la complexité de ses manifestations et de ses engagements, l’Eglise de Dieu se reconnaît ainsi à travers ces assemblées de baptisés, au service de la liturgie, de la diaconie, et du témoignage de la foi. Et chaque communauté avant d’être en dialogue avec les autres est en dialogue avec l’Esprit du ressuscité qui lui donne une nouvelle conscience d’elle-même et qui l’interpelle dans ses activités et ses comportements. Mais avant tout il faut veiller à intéresser toutes les assemblées et regroupements d’églises concernés par ce synode.

Les communautés chrétiennes concernées sont en même temps les que communautés en Afrique celles qui forment l’Eglise de par le monde et qui sont appelées à transformer cet élan d’espérance en élan de solidarité. Un élan de solidarité manifesté par la générosité, par la reconnaissance des liens sociaux qui unissent les hommes, par une meilleure expérience de la subsidiarité, et une volonté d’inviter les groupes et les personnes concernées à participer de plus en plus aux décisions qui concernent leur avenir. Ce que l’Esprit dit aujourd’hui aux églises d’Afrique devient un lieu où les églises améliorent leur échange et leur solidarité, afin qu’à travers cette première expérience les nations et les institutions internationales améliorent elles aussi le dialogue et l’expérience de coresponsabilité pour le développement et l’avenir de l’Afrique.

2 – Un discernement chrétien qui veille à prendre conscience des responsabilités des acteurs sur place.

Un discernement chrétien est celui qui est fondé sur l’incarnation et la rédemption du Christ, afin de tenir compte des deux éléments essentiels pour rappeler les responsabilités des personnes et des institutions locales dans le développement de l’Afrique.

Ce sujet est un sujet sensible et ne doit pas verser dans un penchant qui pousse à une ambiance malsaine de persécution et d’accusation réciproque. Il s’agit de tenir compte du deuxième élément de la balance : si l’élan d’espérance qui est ravivé dans le cœur des chrétiens et des populations doit se transformer en un renouveau de la solidarité internationale, il ne peut laisser indifférent la prise de conscience des responsabilités des personnes et des institutions locales. Ceci veut dire que tout discernement est aussi examen de conscience et recherche de la vérité. S’il faut par la suite parler de réconciliation, celle-ci ne sera possible que si elle st bâtie sur le terrain de la vérité, des responsabilités partagées et de la conscience du bien commun.

Pour les associations et les assemblées chrétiennes, il s’agit de se fonder sur le réalisme de l’incarnation, qui nous oblige à considérer la dignité des personnes et des groupes au nom du mystère de l’incarnation et de la solidarité vécue par le Christ avec l’humanité. Ici revient le critère de discernement fondamental : ce que vous avez fait à l’un d’entre eux c’est à moi que vous l’avez fait. Ce critère est complété par saint Paul qui interprète la solidarité vécue par le Christ sous cette forme : ne scandalisez pas votre frère même s’il est ignorant, lui pour qui le Christ est mort. (Rom 15,15)

Le deuxième critère de discernement nous remet en face du plan de Dieu qui vient sauver le monde par la mort et la résurrection de son Fils. Le salut est source d’espérance en la vie éternelle et en la résurrection des morts. Aucun effort de développement ne peut être dissocié de cette aspiration fondamentale en la réalisation de la promesse de Dieu au-delà de la vie et de la mort. L’un ne va pas sans l’autre, le développement humain ne va pas sans le salut qui vient de Dieu.

En plus, ce plan du salut nous arrache des forces du mal et des ténèbres. Il n’est pas possible de parler de réconciliation s’il n’y a pas une disposition qui nous permette de lutter contre les forces du mal et demander les forces de l’Esprit de Dieu pour ne pas se tromper d’adversaire et surtout pour éviter de diaboliser les personnes et les groupes qui sont devant nous. La prière du Notre Père se termine sur cette dynamique : ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. Le développement de l’homme est une mise en route sur le chemin de l’espérance en la vie éternelle et une libération intérieure et extérieure par rapport à tout esclavage du mal et des ténèbres.

3 – Une page d’évangile qui ouvre sur la patience de Dieu et de son serviteur, ainsi que la guérison apportée par le Christ, en vue de l’œuvre de réconciliation.

Cette œuvre de réconciliation résume en elle-même ce que les assemblées chrétiennes et les institutions intéressées par le développement et le salut de l’Afrique est appelé à faire à la suite de ce synode africain.

L’œuvre de réconciliation se fait selon le contexte social et historique, mais elle ne peut ignorer tout ce qui a été mobilisé pour la préparer et la mûrir. Diverses initiatives ont été lancées qui demandent à être approfondies. D’autres ententes doivent être révisées afin de respecter un peu plus le droit des nations en développement. Mais dans l’un et l’autre cas, il s’agit de voir dans quel sens on peut orienter cette œuvre de réconciliation, en tant qu’actualisation de l’œuvre d’évangélisation.

L’un des avantages du synode c’est de mettre en lumière la nécessité de cette œuvre de réconciliation : ainsi les assemblées diverses qui sont attelées à sa réalisation ne se sentiront plus isolées dans leurs démarches. Bien plus un rapprochement entre les expériences vécues par ces groupes ne permettrait de donner de nouvelles dimensions à ces initiatives éparpillées.

L’œuvre de réconciliation ne peut être la seule œuvre de l’homme, mais elle est aussi continuation et accueil de l’œuvre de Dieu et de son serviteur. Les pages d’évangile nous aident à situer à la lumière de la vérité de la foi toutes ces expériences de mise en œuvre de la charité, qui s’exprime en recherche de solidarité, en rappel des responsabilités et en œuvre de réconciliation.

Les références que je propose ici veulent d’abord soutenir les bonnes dispositions de ceux qui étaient tentés par le découragement et qui reprennent le chemin de la patience, de l’endurance dans cette œuvre d’évangélisation. En plus il faut dire qu’aucune démarche concrète de réconciliation ne peut se dispenser de discerner ce que Dieu est en train de faire et de réaliser dans les cœurs des gens et au milieu des divers groupes de personnes. Le passage d’évangile lui-même est court : ch 13,6-25, mais il peut aussi être relu dans le contexte général du ch 13 et avec des parallèles liés au thème traité.

La patience et l’endurance ne sont pas seulement œuvre humaine, elles doivent être référées à Dieu et à son serviteur. Dans saint Luc la parabole du figuier stérile introduit un ensemble qui éclaire notre réflexion. La réponse du serviteur ouvre des perspectives de patience : « Maître, laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. Peut-être donnera-t-il des fruits à l’avenir. » Il faut ainsi ajouter à cette patience de Dieu et de son serviteur la guérison apportée par le Christ, à l’exemple de cette guérison apportée à cette femme courbée depuis dix huit ans et qui attendait que Dieu vienne la visiter et la guérir : « Hypocrites ! chacun de vous, le sabbat, ne délie-t-il pas son bœuf ou son âne pour le mener boire ? Et cette fille d’Abraham, que Satan a liée depuis dix huit ans, il n’eût pas fallu la délier de ce lien le jour du sabbat !

Et l’évangile continue sur l’enseignement en parabole : le grain de sénevé, le levain dans la pâte. En conclusion de passage sur la patience, sur l’endurance et sur la guérison vient la question du salut, la question du nombre de ceux qui sont sauvés et la porte étroite par laquelle il faut passer pour entrer dans les demeures de Dieu.

En gardant cette optique de veiller à la solidarité, aux responsabilités personnelles et à l’œuvre de réconciliation liée à la guérison apportée par le Christ, les communautés chrétiennes reprendront leur marche dans un regain d’espérance, avec des pistes à parcourir qui sont à leur mesure. Ceci les oblige à vivre concrètement la foi en travaillant au développement et en soulignant la place de l’espérance chrétienne. Ce témoignage de l’espérance en la vie éternelle et en la résurrection des morts éclaire l’endurance et la patience nécessaires pour réconcilier les cœurs à travailler au développement et éclairer le sens de la vie et de la mort.

C’est aussi sur ce chemin de pèlerinage et sur cette qualité de témoignage que les membres du MIAMSI s’inscrivent en Afrique d’abord, dans les instances régionales et dans les instances internationales ensuite. Nous sommes en tant qu’association des fidèles un élément important dans cette œuvre d’évangélisation confiée à toute l’église. Puissions-nous transformer l’espérance chrétienne en termes de solidarité et en un effort de plus grande conscience de responsabilité.

Pour vivre la patience de Dieu et de son serviteur….

 

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