Migrations économiques dans l’Océan Indien Sud Ouest

L’expérience de la république des Seychelles

 

L’archipel des Seychelles, constitué de 115 îles de granit et de corail, avec une population de 87 000 habitants, est situé au milieu de l’Océan Indien, 4 degrés sous l’Equateur et approximativement à 1800 km à l’est de l’Afrique. Il se trouve à presque 1500 km au nord de l’île Maurice et un peu au delà de 1600 km de Madagascar et l’île de la Réunion. A 5 heures d’avion de l’Inde, l’archipel est resté inhabité jusqu’en 1770, quand les premiers habitants commencèrent à arriver.

 

Ces premiers habitants venus des îles Maurice et de la Réunion étaient des familles françaises et leurs serviteurs africains, ainsi que quelques serviteurs d’origine indienne.

 

Il est aussi important de noter que jusqu’au milieu du 19ème siècle, un grand nombre d’esclaves africains s’installèrent dans les Seychelles après qu’ils furent libérés des marchands arabes par la marine Britannique.

 

En 1810, les Seychelles devinrent une colonie britannique administrée à partir de l’île Maurice et, en 1903, devinrent une colonie avec son administration propre.

 

A partir de 1903, les Seychelles connurent un afflux de migrants de l’Inde et de la Chine, qui vinrent avec leurs familles pour établir une petite activité commerciale.

 

Ainsi résultant des migrations Européenne, Africaine et Asiatique, naquit une société multiethnique, avec son peuple appelé « Seychellois », qui devint une nation indépendante en 1976.

 

 

Malheureusement, en juin 1977, le pays subit un coup d’état qui évinça le gouvernement de coalition élu et un état monopartite fut établi. Peu après le coup d’état, de nombreuses familles qui était perçues comme anti-gouvernement furent forcées à l’exil politique, principalement vers la Grande Bretagne et le Canada ; certaines trouvèrent asile en France et ailleurs. Ce fut le premier exode significatif de citoyens des Seychelles, qui eut pour triste conséquence une « fuite de la matière grise ».

 

QUI SONT LES MIGRANTS ECONOMIQUES ?

 

Au milieu des années 1980, le gouvernement des Seychelles se lança dans l’expérience socialiste pour transformer le pays en un état-providence. Il adopta une règle de procurer gratuitement l’éducation et les soins de santé, et de fournir une sécurité sociale et des loyers immobiliers bas pour la population.

 

En même temps, le gouvernement se lança dans un programme de nationalisation de nombreuses activités économiques et entreprises importantes, comme les hôtels, l’importation et la distribution de produits pétroliers, la production locale, l’exportation de cultures vivrières, les transports publics, l’importation de biens essentiels et aussi non essentiels. Des sociétés de commerce gouvernementales, appelées parastatales, furent mises en place pour gérer ces activités, ce qui eut pour conséquence que le gouvernement devint le plus grand employeur du pays.

 

 

Pour aider à financer l’importation de ces biens essentiels et d’autres biens par ces sociétés parastatales, les banques furent contraintes à déposer plus de la moitié de leurs devises étrangères à la Banque Nationale des Seychelles. Ceci priva les entreprises du secteur privé d’une grande partie des devises étrangères dont elles avaient besoin pour les lettres de crédits nécessaires à l’importation des biens, après que le permis d’importation ait été délivré par la Division Importation du Conseil de Promotion des Seychelles. Ce département fut créé pour contrôler l’importation et l’exportation. Durant cette période, de nombreuses entreprises possédée par des Seychellois firent faillite ou durent fermer leurs portes.

 

Pour pouvoir financer toutes les activités qu’il contrôlait, le gouvernement eut recours à des emprunts importants à des banques locales et étrangères et même, dans certains cas, à la population, par le biais d’émission de bons d’état, de bons du trésor, et d’autres plans monétaires qui permettaient d’obtenir un de meilleurs taux d’intérêt que les banques. En fait à cette époque, même les banques trouvèrent attractif et confortable d’investir dans ces bons, vu l’activité réduite du secteur privé.

 

A cette période, le gouvernement s’était lancé dans beaucoup de grands projets immobiliers, mais à cause d’un manque de force de travail qualifiée, le pays fut contraint de permettre aux compagnies de construction d’importer des travailleurs étrangers, principalement d’Inde et de Chine. Nos propres ouvriers qualifiés avaient été contraints de quitter le pays pour un exil politique et économique suite au coup d’état de juin 1977. Le reste des travailleurs étaient employés par les sociétés parastatales mentionnées auparavant. 

 

Cependant, en 1991, principalement sous la pression des pays de l’Europe de l’Ouest suite à la chute de l’Union Soviétique, et probablement en réponse à des pressions de créditeurs et de donateurs étrangers, le Président de l’époque restaura le système de démocratie multipartite. Ceci produisit un renouveau d’intérêt de la part des investisseurs étrangers pour notre tourisme, notre pêche et les secteurs offshore. Néanmoins, l’économie du pays est restée fortement dépendante de l’industrie de la pêche et du tourisme haut de gamme. Ce dernier est en effet sensible aux revers que peut subir le marché mondial du tourisme.

 

C’est pourquoi le gouvernement décida d’engager le secteur privé dans le processus de développement en promouvant le secteur privé et les investissements directs venant de l’étranger.

 

Voici quelques exemples de projets d’investissements directs :

  1. Entreprise de conserves de poisson – une entreprise commune de Heinz et du gouvernement des Seychelles. Heinz a vendu ses parts à Lehman Brothers il y a 3 ans.
  2. Vente d’hôtels appartenant au Gouvernement à des investisseurs privés (principalement étrangers) et construction de nouveaux hôtels 5 étoiles avec la participation financière de quelques citoyens locaux comme investisseurs.
  3. Enregistrements de sociétés offshore.
  4. Sociétés de pêche Européennes qui mettent en place des opérations de pêche au thon dans le pays, via l’acquisition de permis de pêche, et des activités de transport/transbordement de poisson.

 

En même temps, le Gouvernement a accéléré la construction de logements et d’autres projets d développement social comme les écoles, les cliniques et des infrastructures communes ou de district pour l’administration des gouvernements locaux.

 

Pour mettre en œuvre ces projets, il était évident que la population du pays – 87 000 personnes dont une force de travail d’approximativement 46 000 travailleurs – ne pouvait pas subvenir aux besoins du marché du travail.

 

Par conséquent, les Seychelles ont dû se résoudre à importer des travailleurs étrangers qualifiés de pays comme l’Inde, la Chine, Madagascar, Maurice, le Kenya, les Philippines, le Sri Lanka et même les Maldives.

 

RELIGION ET TRAVAIL ETRANGER

La population des Seychelles est à 90% Chrétienne, avec une majorité catholique. Nous avons alors aussi observé l’émergence de nouvelles religions avec l’arrivée des travailleurs étrangers – un temple Tamil a été construit dans la capitale, Victoria. Quelques mosquées musulmanes ont aussi été érigées.  Il y a actuellement 34 religions ou sectes religieuses étrangères enregistrées et actives dans l’archipel.

 

A dater de 2008, on estime que 8000 permis de travail ont été émis pour que des travailleurs étrangers exercent dans le pays. Cela représente presque 10% de la population et 15 % de la force de travail du pays.

 

CULTURE ET MARIAGE

De plus un autre phénomène commence à se produire : certains travailleurs étrangers tentent de devenir citoyens en sollicitant la naturalisation.

 

Ce mouvement rencontre une forte opposition de la part de la population locale, car cela est perçu comme une menace potentielle pour la cohésion sociale multiethnique existante. EN effet, certaines nationalités pourraient promouvoir un communautarisme à travers leur association religieuse ou culturelle.

 

Plus encore, parfois les raisons données dans les documents officiels par les personnes demandant la naturalisation sont des déclarations comme : c« J’adore le pays », « je voudrais prendre ma retraite ici » ou « je travaille ici depuis 5 ans comme superviseur de chantier »…

 

Cette année, lors de l’exercice de revue annuelle de la constitution du pays, le sujet a été abordé avec précaution et débattu. Le sentiment général est de ne pas accorder la citoyenneté à des étrangers mais bien un permis de résidence avec permission de travailler, car cette approche permet de gérer notre manque de main d’œuvre qualifiée sans devoir accorder des droits politiques à des étrangers. Ce système a été introduit aux Emirats Arabes Unis et fonctionne bien.

 

A cause de l’attribution systématique de la citoyenneté à des étrangers, le système judiciaire du pays a été, depuis un bon nombre d’années, géré pratiquement seulement par des juges étrangers qui, après avoir passé quelque temps dans le pays, demandent la citoyenneté de façon à pouvoir être nommés juges à vie, jusqu’à leur retraite. De plus, pendant la période où les juges travaillent sous contrat non renouvelable comme juges étrangers, ils donnent l’impression (au public) de délivrer une justice plus favorable au gouvernement dans les procès et les affaires politiques et autres.

 

Un autre phénomène qui se développe lentement chez les travailleurs étrangers est que parfois ils essayent de se marier avec un citoyen local, pour pouvoir rester dans la pays après l’expiration de leur permis de travail, et par la suite pour essayer de demander la citoyenneté – c’est comme un « mariage de convenance ».

Comme l’attribution de la citoyenneté est perçue par les locaux comme étroitement liée à une corruption officielle, il est impératif que cette perception soit prise en compte, par le biais de la constitution du pays, en revoyant les raisons d’attribution de la citoyenneté.

 

***

 

Selon le Bureau de référence des Populations, basé à Washington, le nombre de migrants international est sans cesse croissant. Il y avait 191 millions de migrants en 2005, ce qui signifie que 3 % de la population du monde a quitté son pays de naissance ou de citoyenneté pour un an ou plus. Cependant, la plupart des 6,6 milliards d’habitants du monde n’a       jamais traversé une frontière nationale.

 

La communauté internationale croit que la migration internationale doit être volontaire et a tenté de minimiser les migrations forcées, qu’elles soient motivées par des persécutions ou des privations économiques dans le pays d’origine.

 

Cependant, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies (1948) déclare que « chacun a le droit de quitter n’importe quel pays, en ce compris le sien, et de retourner dans son pays. »

 

Mais le droit d’émigrer ne donne pas aux migrants le droit d’immigrer, et la plupart des migrants sont bienvenus, sans conditions, dans les pays vers lesquels ils bougent.

 

La migration est le mouvement des peuples d’un lieu à un autre, pour des raisons variées.

 

Aussi loin que les hommes ont erré à la recherche de nourriture, ils ont migré de lieu en lieu. Mais la migration internationale est un développement relativement récent. C’est seulement au début du 20ème siècle que sont apparus le systèmes de nations-états, de passeports et visas, pour réguler les flux de personnes à travers les frontières.

 

La plupart des nations n’encouragent pas l’immigration – elles n’accueillent volontiers pas l’arrivée des étrangers qui souhaitent s’établir et devenir des citoyens naturalisés.

 

Certaines découragent aussi l’émigration. Il y a encore des pays qui empêchent leurs citoyens de quitter le pays (par exemple la Corée du Nord).

 

Les perspectives du nombre croissant de migrants peuvent être encadrées par deux extrêmes : d’un coté des organisations, de l’Eglise Catholique à la Banque Mondiale, ont appelé à plus de migration, soutenant que les personnes ne doivent pas être confinées à leur pays de naissance par les frontières nationale et que plus de migration accélérerait la croissance économique et le développement à la fois dans les pays « envoyeurs » et « receveurs ».

 

La migration est généralement une décision considérée avec beaucoup d’attention par une famille ou un individu. Les principales raisons de migration vers un autre pays peuvent être groupées en deux catégories : économiques et non-économiques. Les facteurs qui encouragent un migrant à réellement bouger se divisent en trois catégories : une hausse de la demande, une stimulation de l’offre et les réseaux. Un migrant économique pourra être encouragé à bouger par le recrutement d’un employeur de travailleurs étrangers ou par une hausse de la demande en travail.

 

La mondialisation a conscientisé partout les gens aux conditions et aux opportunités présentes à l’étranger. La mondialisation a aussi accru les liens entre les pays , comme l’a montré l’augmentation importante des transferts de biens et de capitaux au-delà des frontières nationales ainsi que la croissance des instances internationales et régionales qui régulent ces mouvements.

 

Cependant, le contrôle des entrées et des séjours des personnes reste un élément central de la souveraineté national dans le monde entier… et les Seychelles ne font pas exception.

 

 

Bernard R Elizabeth

PRESIDENT – ACI SEYCHELLES

 

Le  15 octobre 2008