Migrations économiques dans
l’Océan Indien Sud Ouest
L’expérience de la république
des Seychelles
L’archipel des
Seychelles, constitué de 115 îles de granit et de corail, avec une population
de 87 000 habitants, est situé au milieu de l’Océan Indien, 4 degrés sous
l’Equateur et approximativement à
Ces premiers habitants venus des îles Maurice et de la Réunion étaient des familles françaises et leurs serviteurs africains, ainsi que quelques serviteurs d’origine indienne.
Il est aussi
important de noter que jusqu’au milieu du 19ème siècle, un grand
nombre d’esclaves africains s’installèrent dans les Seychelles après qu’ils
furent libérés des marchands arabes par
En 1810, les Seychelles devinrent une colonie britannique administrée à partir de l’île Maurice et, en 1903, devinrent une colonie avec son administration propre.
A partir de 1903, les Seychelles connurent un afflux de migrants de l’Inde et de la Chine, qui vinrent avec leurs familles pour établir une petite activité commerciale.
Ainsi résultant des migrations Européenne, Africaine et Asiatique, naquit une société multiethnique, avec son peuple appelé « Seychellois », qui devint une nation indépendante en 1976.
Malheureusement, en
juin 1977, le pays subit un coup d’état qui évinça le gouvernement de coalition
élu et un état monopartite fut établi. Peu après le coup d’état, de nombreuses
familles qui était perçues comme anti-gouvernement furent forcées à l’exil
politique, principalement vers
QUI SONT LES MIGRANTS ECONOMIQUES ?
Au milieu des années 1980, le gouvernement des
Seychelles se lança dans l’expérience socialiste pour transformer le pays en un
état-providence. Il adopta une règle de procurer gratuitement l’éducation et
les soins de santé, et de fournir une sécurité sociale et des loyers
immobiliers bas pour la population.
En même temps, le
gouvernement se lança dans un programme de nationalisation de nombreuses
activités économiques et entreprises importantes, comme les hôtels,
l’importation et la distribution de produits pétroliers, la production locale,
l’exportation de cultures vivrières, les transports publics, l’importation de
biens essentiels et aussi non essentiels. Des sociétés de commerce
gouvernementales, appelées parastatales, furent mises en place pour gérer ces
activités, ce qui eut pour conséquence que le gouvernement devint le plus grand
employeur du pays.
Pour aider à financer l’importation de ces
biens essentiels et d’autres biens par ces sociétés parastatales, les banques
furent contraintes à déposer plus de la moitié de leurs devises étrangères à
Pour pouvoir financer toutes les activités
qu’il contrôlait, le gouvernement eut recours à des emprunts importants à des
banques locales et étrangères et même, dans certains cas, à la population, par
le biais d’émission de bons d’état, de bons du trésor, et d’autres plans
monétaires qui permettaient d’obtenir un de meilleurs taux d’intérêt que les
banques. En fait à cette époque, même les banques trouvèrent attractif et confortable
d’investir dans ces bons, vu l’activité réduite du secteur privé.
A cette période, le gouvernement s’était lancé
dans beaucoup de grands projets immobiliers, mais à cause d’un manque de force
de travail qualifiée, le pays fut contraint de permettre aux compagnies de construction
d’importer des travailleurs étrangers, principalement d’Inde et de Chine. Nos
propres ouvriers qualifiés avaient été contraints de quitter le pays pour un
exil politique et économique suite au coup d’état de juin 1977. Le reste des
travailleurs étaient employés par les sociétés parastatales mentionnées
auparavant.
Cependant, en 1991, principalement sous la
pression des pays de l’Europe de l’Ouest suite à la chute de l’Union
Soviétique, et probablement en réponse à des pressions de créditeurs et de donateurs
étrangers, le Président de l’époque restaura le système de démocratie
multipartite. Ceci produisit un renouveau d’intérêt de la part des
investisseurs étrangers pour notre tourisme, notre pêche et les secteurs
offshore. Néanmoins, l’économie du pays est restée fortement dépendante de
l’industrie de la pêche et du tourisme haut de gamme. Ce dernier est en effet
sensible aux revers que peut subir le marché mondial du tourisme.
C’est pourquoi le gouvernement décida d’engager
le secteur privé dans le processus de développement en promouvant le secteur
privé et les investissements directs venant de l’étranger.
Voici quelques exemples de projets
d’investissements directs :
En même temps, le Gouvernement a accéléré la
construction de logements et d’autres projets d développement social comme les
écoles, les cliniques et des infrastructures communes ou de district pour
l’administration des gouvernements locaux.
Pour mettre en œuvre ces projets, il était
évident que la population du pays – 87 000 personnes dont une force de travail
d’approximativement 46 000 travailleurs – ne pouvait pas subvenir aux besoins
du marché du travail.
Par conséquent, les Seychelles ont dû se
résoudre à importer des travailleurs étrangers qualifiés de pays comme l’Inde,
la Chine, Madagascar, Maurice, le Kenya, les Philippines, le Sri Lanka et même
les Maldives.
RELIGION ET TRAVAIL ETRANGER
La population des Seychelles est à 90%
Chrétienne, avec une majorité catholique. Nous avons alors aussi observé
l’émergence de nouvelles religions avec l’arrivée des travailleurs étrangers –
un temple Tamil a été construit dans la capitale, Victoria. Quelques mosquées
musulmanes ont aussi été érigées. Il y a actuellement 34 religions ou
sectes religieuses étrangères enregistrées et actives dans l’archipel.
A dater de 2008, on estime que 8000 permis de
travail ont été émis pour que des travailleurs étrangers exercent dans le pays.
Cela représente presque 10% de la population et 15 % de la force de travail du
pays.
CULTURE ET MARIAGE
De plus un autre phénomène commence à se
produire : certains travailleurs étrangers tentent de devenir citoyens en
sollicitant la naturalisation.
Ce mouvement rencontre une forte opposition de
la part de la population locale, car cela est perçu comme une menace
potentielle pour la cohésion sociale multiethnique existante. EN effet,
certaines nationalités pourraient promouvoir un communautarisme à travers leur
association religieuse ou culturelle.
Plus encore, parfois les raisons données dans
les documents officiels par les personnes demandant la naturalisation sont des
déclarations comme : c« J’adore le pays », « je voudrais
prendre ma retraite ici » ou « je travaille ici depuis 5 ans comme
superviseur de chantier »…
Cette année, lors de l’exercice de revue
annuelle de la constitution du pays, le sujet a été abordé avec précaution et
débattu. Le sentiment général est de ne pas accorder la citoyenneté à des
étrangers mais bien un permis de résidence avec permission de travailler, car
cette approche permet de gérer notre manque de main d’œuvre qualifiée sans
devoir accorder des droits politiques à des étrangers. Ce système a été
introduit aux Emirats Arabes Unis et fonctionne bien.
A cause de l’attribution systématique de la
citoyenneté à des étrangers, le système judiciaire du pays a été, depuis un bon
nombre d’années, géré pratiquement seulement par des juges étrangers qui, après
avoir passé quelque temps dans le pays, demandent la citoyenneté de façon à
pouvoir être nommés juges à vie, jusqu’à leur retraite. De plus, pendant la
période où les juges travaillent sous contrat non renouvelable comme juges
étrangers, ils donnent l’impression (au public) de délivrer une justice plus
favorable au gouvernement dans les procès et les affaires politiques et autres.
Un autre phénomène qui se développe lentement
chez les travailleurs étrangers est que parfois ils essayent de se marier avec
un citoyen local, pour pouvoir rester dans la pays
après l’expiration de leur permis de travail, et par la suite pour essayer de
demander la citoyenneté – c’est comme un « mariage de convenance ».
Comme l’attribution de la citoyenneté est
perçue par les locaux comme étroitement liée à une corruption officielle, il
est impératif que cette perception soit prise en compte, par le biais de la
constitution du pays, en revoyant les raisons d’attribution de la citoyenneté.
***
Selon le Bureau de référence des Populations,
basé à Washington, le nombre de migrants international est sans cesse
croissant. Il y avait 191 millions de migrants en 2005, ce qui signifie que 3 %
de la population du monde a quitté son pays de naissance ou de citoyenneté pour
un an ou plus. Cependant, la plupart des 6,6 milliards d’habitants du monde n’a jamais traversé une frontière nationale.
La communauté internationale croit que la
migration internationale doit être volontaire et a tenté de minimiser les
migrations forcées, qu’elles soient motivées par des persécutions ou des
privations économiques dans le pays d’origine.
Cependant,
Mais le droit d’émigrer ne donne pas aux
migrants le droit d’immigrer, et la plupart des migrants sont bienvenus, sans
conditions, dans les pays vers lesquels ils bougent.
La migration est le mouvement des peuples d’un
lieu à un autre, pour des raisons variées.
Aussi loin que les hommes ont erré à la
recherche de nourriture, ils ont migré de lieu en lieu. Mais la migration
internationale est un développement relativement récent. C’est seulement au
début du 20ème siècle que sont apparus le systèmes
de nations-états, de passeports et visas, pour réguler les flux de personnes à
travers les frontières.
La plupart des nations n’encouragent pas
l’immigration – elles n’accueillent volontiers pas l’arrivée des étrangers qui
souhaitent s’établir et devenir des citoyens naturalisés.
Certaines découragent aussi l’émigration. Il y
a encore des pays qui empêchent leurs citoyens de quitter le pays (par exemple
la Corée du Nord).
Les perspectives du nombre croissant de
migrants peuvent être encadrées par deux extrêmes : d’un coté des
organisations, de l’Eglise Catholique à
La migration est généralement une décision
considérée avec beaucoup d’attention par une famille ou un individu. Les
principales raisons de migration vers un autre pays peuvent être groupées en
deux catégories : économiques et non-économiques. Les facteurs qui
encouragent un migrant à réellement bouger se divisent en trois
catégories : une hausse de la demande, une stimulation de l’offre et les
réseaux. Un migrant économique pourra être encouragé à bouger par le
recrutement d’un employeur de travailleurs étrangers ou par une hausse de la
demande en travail.
La mondialisation a conscientisé partout les
gens aux conditions et aux opportunités présentes à l’étranger. La
mondialisation a aussi accru les liens entre les pays ,
comme l’a montré l’augmentation importante des transferts de biens et de
capitaux au-delà des frontières nationales ainsi que la croissance des
instances internationales et régionales qui régulent ces mouvements.
Cependant, le contrôle des entrées et des
séjours des personnes reste un élément central de la souveraineté national dans
le monde entier… et les Seychelles ne font pas exception.
Bernard R Elizabeth
PRESIDENT – ACI
SEYCHELLES
Le 15
octobre 2008