Assemblée Mondiale du
MIAMSI
Malta, 27 octobre 2008
Intérêts et enjeux de la présence du MIAMSI au niveau mondial
Une présence originale et concertée
auprès des Instances Internationales
Au nom de mes Supérieurs de la Secrétairerie d’Etat, je voudrais remercier Monsieur Daniel Guéry, Président du MIAMSI et les membres du Bureau International pour l’invitation à participer à votre Assemblée Mondiale. Ce geste, on peut l’interpréter comme un signe de confiance réciproque et de la collaboration qui ont caractérisé les relations du MIAMSI avec la Secrétairerie d’Etat pendant ces dernières années. De manière spéciale, il faut remercier de la disponibilité et du soutien manifesté au moment de la préparation et de la réalisation du Forum des ONG d’inspiration catholique, qui a eu lieu en novembre de l’année dernière.
L’intérêt du MIAMSI pour avoir une présence plus importante sur la scène internationale est d’une certaine manière l’objectif de cette table ronde. Mes prédécesseurs ont mis en avant l’implication internationale que le MIAMSI a acquise par sa présence et son activité dans quelques Organismes Internationaux ; maintenant je vais dire quelques mots sur le processus de collaboration qui a été enclenché à la suite du Forum dont je viens de parler.
1. En novembre 2007, des représentants du Saint Siège et environ 90 ONG nées à l’ombre des mouvements ecclésiaux, des congrégations religieuses ou bien comme fruit de l’initiative et de l’engagement des laïques chrétiens, se sont donné rendez-vous pour la première fois à Rome.
Cet événement a été le résultat d’une série de circonstances : d’une part, le processus de réflexion sur la « Conférence des OIC » qui était en train de se développer entre les associations membres et qui mettait en question son identité et son efficacité à la lumière des événements actuels ; d’autre part, le besoin manifesté par quelques ONG catholiques, nées dans les années post-Concile, d’unir leurs forces au niveau international pour témoigner avec une plus grande efficacité des principes de l’évangile au service de l’homme ; et en dernier lieu, le défi croissant que la politique internationale pose à l’Eglise et au monde, en mettant en péril la dignité humaine et les droits inaliénables de la personne.
2. Certains se demanderont pourquoi le Saint Siège est impliqué dans ce processus ? En particulier la Secrétairerie d’Etat ? Comme vous le savez, le Saint Siège est une entité morale indépendante, reconnue comme personne morale de droit international, ce qui lui permet d’être au même niveau qu’un Etat dans les relations avec les autres nations. Sa mission va au delà de la politique et ne se limite pas aux frontières physiques d’un Etat ; il cherche à annoncer l’Evangile et à servir la cause de la paix et de la justice entre les peuples. C’est dans cette optique que sa participation à l’activité internationale se justifie ainsi que son autorité pour rappeler au respect des principes éthiques qui engagent tous les acteurs de la politique internationale[1].
Dans l’organigramme du Saint Siège, le Département des Relations avec les Etats de la Secrétairerie d’Etat, se charge principalement des relations avec les Gouvernements civils, des relations diplomatiques avec les autres Etats et avec les personnes morales de droit international, représentant le Saint-Siège dans les Organismes Internationaux ; c’est pour cela, qu’il suit, en tant qu’organisme consultatif, l’activité internationale que les ONG d’inspiration catholique déploient dans le cadre de leur statut consultatif..
En faisant appel à
l’esprit de Vatican II qui dit que « de nos jours, l’efficacité de
l’action et le besoin de dialogue imposent que les initiatives soient communes »
(GS,n.90), il a été constitué un Comité de préparation du Forum composé de représentants des ONG d’inspiration catholique et
du Saint Siège. Ce Comité avait décidé que c’est la Secrétairerie d’Etat qui
convoquerait le Forum, étant donné
son ascendant moral, libre d’intérêts politiques immédiats, capable de réunir
une palette importante d’organisations et de garantir l’esprit de communion et
de collaboration entre les participants. C’est comme cela qu’a surgi l’idée
initiale du Forum.
3. Au mois de Mai dernier, l’Assemblée extraordinaire de la « Conférence des OIC » a décidé de supprimer définitivement cette structure qui avait 80 ans d’existence. Ce fait, qui à première vue pourrait paraître négatif, doit être considéré dans une perspective positive de renouveau ; si on a supprimé une structure, on n’a pas éliminé l’esprit des associations qui la composaient, étant donné que celles-ci ont décidé de focaliser leur engagement international à travers le nouveau projet du Forum . Celui-ci a voulu préserver l’inspiration originale de la « Conférence » en élargissant l’horizon à de nouvelles présences dans le monde international, par le moyen d’une stratégie d’ensemble au service du bien commun, de la dignité humaine et de la paix dans le monde. C’est dans ce contexte que devrait se situer et être interprétée la décision prise récemment sur la « Conférence des OIC ».
4. En réponse à la mondialisation, l’objectif du Forum est d’élaborer une dynamique de communication qui favorise l’interaction et l’échange entre les différentes ONG d’inspiration catholique. Nous attendons, en outre, de chacune d’entre elles, qu’elle affirme une identité claire et des propositions efficaces orientées vers la sauvegarde de l’être humain et de sa dignité fondamentale. Comment y parvenir ? Comment contribuer à ce degré de « communion » nécessaire pour permettre la mise en commun des capacités propres à chaque organisation ?
Face au défi de la « logique relativiste » ambiante qui nie « les véritables fondements de l’homme et de sa dignité », quel est l’apport positif que peuvent offrir les ONG d’inspiration catholique dans le champ d’action des organismes internationaux ? Telle est l’une des questions auxquelles devront répondre les ONG d’inspiration catholique concernées par le processus du Forum et ceci par le moyen du dialogue y de la réflexion à plusieurs niveaux. « Je vous encourage –disait le Pape Benoît XVI aux participants au Forum - à opposer au relativisme la grande créativité de la vérité sur la dignité naturelle de l’homme et des droits qui en découlent »² ; pour cela, je pense qu’il faudra promouvoir des initiatives concrètes imprégnées des éléments suivants : un esprit de communion, une liberté responsable et une claire identité catholique.
a) Esprit de communion, d’interaction dans la
communion «qui nous amène à promouvoir
ensemble les principes éthiques qui, par leur nature même et leur rôle
fondamental dans la vie sociale, ne sont pas « négociables ». Un
esprit de solidarité nous amène à apprécier davantage les initiatives des
autres et à souhaiter coopérer avec celles-ci. Grâce à cet esprit, on
travaillera, quand cela sera utile ou nécessaire, en collaboration avec les
différentes ONG et avec les représentants du Saint Siège, toujours en
respectant leurs différences de nature, de fins institutionnelles et de
méthodes opérationnelles »² à partir d’un point de vue commun basé dans
les principes de l’évangile et de
Cette communion, il faut la comprendre dans sa dimension profonde, qui à mon sens va au-delà d’une « solidarité » de type horizontal que l’on partage avec « l’autre ». Dans la « communion » s’exerce la réciprocité de celui qui donne et de celui qui reçoit dans une dimension de gratuité qui favorise l’enrichissement mutuel ; mais cette gratuité se nourrit en profondeur du vécu de la foi dans la dimension verticale qui est celle de la relation avec Dieu.
b) la liberté responsable est un autre élément qui doit caractériser la dynamique du Forum.
Un esprit de liberté responsable, fruit de l’engagement baptismal, qui peut susciter entre les ONG catholiques une ample gamme de points de vue et de solutions aux problèmes, tous légitimes. Cette liberté exercée dans une dimension de gratuité, fera que tout cela soit résolu avec esprit de respect et autonomie.
La société civile est un moyen prioritaire de diffusion des idées ; dans celle-ci y travaillent beaucoup d’organisations d’identité chrétienne ou catholique qu’il ne faut pas mépriser puisqu’elles véhiculent un message moral important. Souvent les ONG d’inspiration catholique participent à de réseaux d’interaction avec des ONG non confessionnelles avant d’arriver aux débats intergouvernementaux. Il est vrai que les principales questions d’actualité ne peuvent être affrontées par une seule personne ou une seule organisation. L’aspect multidimensionnel de certains défis sociaux exige clairement une meilleure coordination et des stratégies et méthodologies nouvelles et adaptées ; d’un autre côté, construire une identité et une perspective propres dans ce type de plateformes devient aussi difficile que d’essayer d’avoir une influence sur l’agenda international. Ces circonstances imposent que l’on essaie d’obtenir un large consensus, une meilleure analyse et une identité plus forte, ce qui nécessite une flexibilité structurelle que le Forum souhaite réaliser.
c) une claire identité catholique.
Dans l’exercice de
cette liberté, il ne faudra pas uniquement se limiter à une action de lobbying ou de advocacy (plaidoyer) en présence des instances
intergouvernementales comme le font des autres ONG non confessionnelles. Il
sera nécessaire de tenir compte de la dimension chrétienne qui oriente et anime
tous les projets d’action. Pour cette raison, l’impact social des ONG
d’inspiration catholique dépendra de la qualité de foi de ses membres. Il sera
nécessaire de sauvegarder leur sens ecclésial et leur relation avec l’Eglise
locale qui donne une réelle expérience de base, pour pouvoir faire des
propositions concrètes au niveau international et ainsi faire parvenir à ces
instances la voix des plus faibles. Action et identité revêtues, bien sûr, d’un
professionnalisme qualifié pour rendre intelligible au monde la vérité de notre
message. Il sera nécessaire de s’investir pendant des années dans la formation
et la qualification de personnes compétentes sur les thèmes de
5. Dans cette très belle île, que Saint Paul a pu voir de ses propres yeux, j’imagine qu’il nous dirait : « Regardez maintenant, le moment est favorable » (2Cor, 6,2) ; Il est vrai, c’est le moment favorable pour une sérieuse réflexion, personnelle et collective des membres du MIAMSI, qui l’amène à renouveler l’engagement avec l’Eglise au[1] travers de son action dans les milieux indépendants.
Fermina Álvarez
Secrétairerie d’Etat
_________
[1] Cf. Mons. Pietro Parolin, Santa Sede e ONG di ispirazione cattolica: presenza, impatto,
difficoltà e sfide nell’ambito internazionale, Forum delle ONG di
ispirazione cattolica, 30 novembre 2007 (document non publié).
² Benoît XVI, Discours aux
participants au Forum des ONG d’inspiration catholique, 1 décembre 2007,
AAS 99 (2007/12), p. 1062.