XII ° Assemblée Générale du MIAMSI – Malte

 

Lundi 27 Octobre 2008

 

Intervention de S.E. Cardinal Jean Louis Tauran

(Président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Inter Religieux)

 

 

 

 

Le dialogue inter religieux : un risque ou une grâce?

 

 

 

 

Nous évoluons dans des sociétés pleuroticultrices et pluri religieuses. C'est une évidence. Il n'existe pas de société religieusement homogène. En Europe, dès le jardin d'enfants, les tout- petits côtoient des compagnons de toutes origines et d'obédience religieuse variée. Rien d'étonnant si l'on songe à ce qu'écrivait Paul Tillich :« la religion est la substance de la culture» (in Théologie de la culture, éd. Placet 1978 , p. 92). L'histoire ne connaît pas de cultures non religieuses !

 

Toutefois, à partir du XIII ième, en Europe, a commencé à se faire jour une conviction : la foi est incompatible avec la raison. Descartes, bien que croyant, va appliquer aux choses de la foi son doute méthodique. Ce courant de pensée donnera naissance à la philosophie des Lumières : la raison peut toute seule accéder à la vérité. La morale naturelle, la tolérance, le déisme, voire même pour certains l'athéisme, donnent à penser que l'homme se suffit à lui-même. Après les progrès considérables des sciences (Newton meurt en 1727), le développement des voyages (et des missions), les crises sociales non résolues, il apparaît à beaucoup que le christianisme, avec ses dogmes et sa morale, ne servent pas le progrès. On soutient alors que tous les hommes appartiennent à la même humanité et, doués de raison, ils découvrent facilement qu'il existe une religion naturelle sans dogme, sans fanatisme. L'homme se suffit à lui-même. Nul besoin de demander à la religion des explications sur son origine, ni d'attendre un bonheur au-delà de la terre. L'homme est ainsi placé au centre du monde, et le surnaturel est éliminé. Au plan des idées, cette vision des choses conduira au Scientisme (tout ce que la raison humaine ne justifie pas n'existe pas) et, au plan des réalisations, à la Révolution française (organiser la société sans Dieu) pour aboutir au XX siècle aux deux totalitarismes (marxisme-léninisme et idéologie nazie).

 

Bien évidemment l'Eglise a contesté une telle vision des choses et soutenu qu'exclure le religieux de la raison est une amputation de l'homme créé à l'image de Dieu. L'encyclique« Fides et Ratio» du pape Jean-Paul II le dit bien : « En Dieu réside l'origine de toute chose, en Lui se trouve la plénitude du mystère, et cela constitue sa gloire ; à l'homme revient le devoir de rechercher la vérité par sa raison, et en cela consiste sa noblesse » (n.17).

Mais voilà que ce Dieu que l'on avait congédié hier réapparaît aujourd'hui dans le débat public. Les kiosques regorgent de livres et revues qui traitent de sujets religieux, d'ésotérisme, de religions nouvelles. On a parlé de « la revanche de Dieu » ( Gilles Képel)

 

Aujourd'hui, on ne peut pas comprendre le monde sans les religions, mais elles font peur. Et cela - et voilà bien le grand paradoxe de la situation actuelle - parce qu'on les perçoit comme un danger : fanatisme, fondamentalisme,  terrorisme ont été ou sont encore associés à une forme pervertie de l'Islam. Il ne s'agit pas, bien sûr, du véritable Islam pratiqué par la majorité des adeptes de cette religion. C'est un fait, aujourd'hui encore, on tue pour des motifs religieux (assassinat de l'archevêque chaldéen de Mossoul). Je lisais qu'en 2001, 123 chrétiens ont trouvé la mort, parce que chrétiens, en Irak, en Inde et au Nigeria. C'est que les religions sont capables du meilleur comme du pire : elles peuvent se mettre au service d'un projet de sainteté ou d'aliénation. Elles peuvent prêcher la paix ou la guerre. Bien qu'il faille toutefois préciser que ce ne sont pas les religions qui font la guerre, mais leurs adeptes ! D'où la nécessité, là encore, de conjuguer foi avec raison. Car agir contre la raison c'est en réalité agir contre Dieu, comme le pape Benoît XVI l'a rappelé dans sa leçon à l'université de Ratisbonne, le

12 septembre 2006: «au commencement était le Verbe -logos en grec - et logos désigne à la fois la raison et la parole, une raison qui est créatrice et capable de se transmettre, mais justement comme raison, raison qui se communique ... Une raison qui reste sourde au divin et repousse la religion dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures ».

 

Nous sommes donc dans un monde où, à cause de la précarité matérielle et humaine, des dangers de guerre et des aléas de l'environnement, face à l'échec des grands systèmes du siècle passé, les hommes et les femmes de cette génération se posent à nouveau les questions essentielles du sens de la vie et de la mort, du sens de l'histoire et des dérives que pourraient comporter d'admirables découvertes scientifiques. On avait oublié que la personne humaine est la seule créature qui interroge et qui s'interroge. Il est remarquable que le décret du concile Vatican Il relatif au dialogue inter religieux 1« Nostra aetate» souligne cet aspect des choses dès son préambule :

« les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier, comme aujourd'hui, troublent profondément le cœur humain : Qu'est-ce que l'homme? Quel sont l'origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur? ».

 

Nous sommes donc condamnés au dialogue !

 

Dans ce dialogue, nous chrétiens, nous trouvons à l'aise :

- notre Dieu est dialogal par essence (Trinité).

- nous savons avec Pierre que « Dieu ne fait pas acception de personnes, et qu'en toute nation quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui » (Ac 10, 35).

Donc nous ne pouvons nous désintéresser des autres croyants!

 

Pour nous, le dialogue se fonde sur le Dieu un et trine.

 

Jésus nous a révélé que Dieu est « dialogue» (c'est la substance même de la Trinité) et tout chrétien se doit d'imiter ce dialogue de la communion d'amour que nous confessons quand nous proclamons : « je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant... Je crois en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu... Je crois en l'Esprit Saint qui procède du Père et du Fils ». Et nous rappelons, avec Paul, que Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité» ( 1 Tim 2,4) et qu'à cette fin, Il a envoyé ce Fils unique Jésus comme « l'unique médiateur entre Dieu et les hommes» (ibid. 2,5). Voilà pourquoi ce Jésus tient une place unique dans l'histoire religieuse. Il est plus qu'un sage et qu'un prophète. Il est dans sa personne même « vrai Dieu et vrai Homme ». Il l’est à un titre unique puisque, d’une part, il est le « Fils unique », participant de l’unicité divine, et, d’autre part, il partage la condition des hommes au point d’être parmi eux un individu unique, qui a vécu dans un lieu déterminé et à une époque spécifique de notre histoire. Finalement sa résurrection confirmera cette unicité de salut en faisant de Lui « le premier né d’entre les morts » (Col 1,18). Telle est notre foi, telle est la foi de l’Eglise que nous sommes fiers de proclamer, à laquelle nous ne pouvons renoncer et que nous proposons à tous ceux qui veulent bien la prendre en considération.

 

Ceci dit, nous reconnaissons que l'Esprit se communiquait déjà au monde dans les siècles précédant la venue du Christ qui a dit à Nicodème qu'il en est de l'Esprit comme du vent : « il souffle où il veut »(Jn 3, 9). Et, depuis la Pentecôte, nous croyons que ce même Esprit se communique en tout lieu et en tout temps à qui veut bien l'accueillir. Voilà pourquoi Vatican Il a osé affirmer : « nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal » (G&S 22). Dès le début de l'évangile de Jean, nous lisons déj à: «au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu... II était la lumière véritable qui éclaire tout homme» (l, 1 ... 9) . Ce qui veut dire qu'en tout être humain il y a la lumière du Christ. Cela a des conséquences que nous n'avons pas toujours pris en considération. Cela veut dire que tout le positif que nous décelons dans les au~res religions n'est pas ténèbres. Tout ce positif participe de la grande Lumière qui resplendit sur toutes les lumières. Alors bien des choses se clarifient : tout ce qui est vrai et saint dans -une religion est accueilli, confirmé et porté à son achèvement dans le Christ. A ce point, il faut relire St Justin, dans sa Première Apologie : «ceux qui ont vécu en conformité avec le Verbe sont chrétiens ». Pour lui, commentait Benoît XVI, « tout homme, en tant que créature rationnelle, est participant du Logos, il en porte en lui un germe et il peut en percevoir les lueurs » (Catéchèse du 22 mars 2007) et de citer une nouvelle fois Justin « tout ce qui est exprimé de beau par quiconque nous appartient à nous chrétiens» (2 Apol 13,4). Vous aurez reconnu la conception du « logos spermatikon » ! Il faut alors relire «Nostra aetate » : « l'Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières de vivre et d'agir, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » (n.2).

 

L'Esprit, répandu dans le cœur des hommes, éveille en eux la vie même de Dieu. Lui, qui unit mutuellement le Père et le Fils; est principe de relation ave autrui.

 

S’il en est ainsi, que doit-on mettre sous l’expression « dialogue religieux » et que doit-on faire ?

 

J’ai trouvé une définition du dialogue dans le Dictionnaire des notions philosophiques (PUF 1990, vol. 1, p. 642) : « il y a dialogue lorsque les individus ou les groupes humains en désaccord sur un point qu’ils tiennent pour essentiel tentent de dénouer leur conflit en échangeant arguments et objections, au lieu de s’en remettre à la lutte violente ».

 

Appliquée au dialogue inter religieux, cette définition nous permet de le qualifier avec plus de précision. Il ne s'agit pas d'une conversation entre amis dont le but serait d'éviter les sujets qui fâchent. Il ne s'agit pas non plus d'une négociation comme celle que pratiquent les diplomates : on trouve la solution au différend et c'est termin é! Avec le dialogue inter religieux, il s'agit de promouvoir toutes les relations positives et constructives possibles entre individus et communautés «afin d'apprendre à se connaître et à s'enrichir les uns les autres, tout en obéissant à la vérité et en respectant la liberté de chacun » (Dialogue et annonce, n.9). Le dialogue inter religieux commence toujours par le respect d'autrui, de sa personne et de ses convictions. En outre, ce dialogue devient pour moi une occasion pour approfondir mes convictions. Il peut me transformer : en me faisant découvrir que Dieu est à l'œuvre en tout homme, il m'oblige à réviser les idées reçues au sujet des autres et à approfondir ma foi, puisque je dois confesser que Jésus Christ est l'unique médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tim 2, 4-6). Car il ne s'agit pas de trouver le plus petit dénominateur commun entre les religions ou de dire « elles disent plus ou moins la même chose» (relativisme !). Il s'agit de dire: «tous les croyants et tous les chercheurs de l'Absolu ont la même dignité» ! On peut dire que depuis Vatican Il, les catholiques sont passés de la rencontre au dialogue qui leur a appris à respecter les convictions des autres et ce que Dieu ne cesse de réaliser dans le cœur de chaque homme. Et parce que les êtres humains ont été créés libres de  chercher Dieu, ils doivent être libres de faire ou ne pas faire le choix de Dieu. 

 

On doit donc dire, avec l'encyclique «Redemptoris missio» que «le dialogue inter religieux n'est pas la conséquence d'une stratégie ou d'un intérêt, mais une activité qui a ses motivations, ses exigences et sa dignité propres : il est demandé par le profond respect qu'on doit avoir envers tout ce que l'Esprit «qui souffle où il veut », a opéré en l'homme. Grâce au dialogue, l'Eglise entend découvrir «les semences du Verbe », les « rayons de la vérité qui illumine tous les hommes », semences et rayons qui se trouvent dans les personnes et les traditions religieuses de l'humanité. Le dialogue inter religieux est fondé sur l'espérance et la charité, et il portera des fruits dans l'Esprit. Les autres religions constituent un défi positif pour l'Eglise d'aujourd'hui. En effet, elles

l'incitent à découvrir et à reconnaître les signes de la présence du Christ et de l’action de l’Esprit, et aussi à approfondir son identité et à témoigner de l’intégrité de la Révélation dont elle est dépositaire pour le bien de tous » (n.56).

 

Comment se réalise ce dialogue inter religieux ?

 

Le dialogue inter religieux se réalise selon 4 modalités :

- le dialogue de la vie : partage des joies et des peines de l'existence quotidienne avec les adeptes d'autres religions.

- le dialogue des œuvres : collaboration au bien-être des uns et des autres, surtout avec ceux qui vivent dans la précarité.

- le dialogue théologique : mieux comprendre nos héritages religieux.

- le dialogue des spiritualités : partage de la richesse de la vie de prière ou de contemplation des uns et des autres.

 

Je me demande si nous sommes suffisamment conscients de la richesse que constituent les croyants pour le monde :

- chaque week end : des millions de croyants se réunissent dans leurs mosquées, synagogues et églises pour rendre gloire à Dieu et trouver auprès de lui inspiration et force pour être cohérents avec leurs convictions religieuses.

- ces hommes et ces femmes qui prient rappellent à tous que « l'homme ne vit pas seulement de pain » : nécessité de la vie intérieure. Pour nous, chrétiens, une occasion de souligner que nous n'annonçons pas une culture, mais une personne, dont le message est compatible avec toutes les cultures, une fois purifiées de leurs contradictions.

- la foi se vit dans une communauté : les croyants authentiques sont des ferments de fraternité. Religion devrait être toujours synonyme de paix! Le nom de Dieu est un nom de paix '

- ces « histoires saintes » véhiculées par les autres religions devraient nous aider à recevoir plus pleinement l'extraordinaire révélation de Dieu en Jésus Christ et à ne jamais renoncer à l'annoncer : c'est un devoir et un droit. Cela dit, il faut toujours tenir la distinction entre prosélytisme et annonce de sa propre foi, dans le respect de la dignité et de la liberté de chaque être humain.

 

Quelles conséquences concrètes ce type de dialogue a pour un croyant ?

 

A la fin des fins, le dialogue inter religieux pousse les croyants à être témoins de leur foi. Et ce témoignage repose sur trois piliers:

 

(1) avoir des idées claires sur le contenu de sa propre religion. On ne dialogue pas sur de l'ambiguïté. Chaque partenaire du dialogue doit avoir une identité claire. La catéchèse comme l'enseignement dans nos séminaires et universités doivent promouvoir un approfondissement constant de la spécificité de notre foi pour mettre pasteurs et fidèles en condition de dialoguer en vérité avec les adeptes des autres religions.

 

(2) Vivre selon nos convictions. Nous devons êtres, les uns et les autres, des croyants crédibles. Dans le dialogue inter religieux nous sommes exposés au regard de l'autre. Les uns et les autres nous nous demandons « dis-moi qui est ton Dieu et comment tu traduis ta foi dans le quotidien » ! Ce type de dialogue ne se réalise pas entre religions mais toujours entre croyants !

 

(3) Le troisième pilier : ne pas craindre de nous manifester pour dire notre foi. Ce faisant, le croyant est honnête avec lui-même et avec ses partenaires. Serai-je sincère si je me garde de partager en toute franchise ce que je crois avec mes semblables ? Non ! En tous cas, un chrétien qui a découvert Jésus et son message ne peut les conserver pour lui seul. « D'aussi grands dons, disait Benoit XVI en décembre 2007, ne sont jamais destinés à une seule personne. En Jésus-Christ est née pour nous... la grande Lumière : nous ne pouvons pas la mettre sous le boisseau ... mais sur le lampadaire» (Discours à la Curie romaine, 21.XII.07 )..

 

Des croyants qui dialoguent de la sorte constituent une richesse pour la société. Ils sont appelés à collaborer, par des moyens divers, avec tous ceux qui s'efforcent :

- d'assurer le respect de la dignité de la personne humaine et de ses droits fondamentaux ;

- de développer le sens de la fraternité et de l'entraide ;

- de s'inspirer du « savoir-faire » des communautés de croyants qui, chaque semaine au moins, rassemblent dans le cadre de leur culte des millions de personnes les plus diverses dans une communion spirituelle authentique ;

- d'aider les hommes et les femmes de ce temps à ne pas être esclave des modes, du consumérisme et du seul profit.

 

Alors pour conclure, à la question initiale « Le dialogue inter religieux : un risque ou une grâce, je réponds : les deux ! Un risque : celui du syncrétisme. Mais il est relatif, car tout croyant qui dialogue est amené à approfondir sa foi pour en rendre raison. Des croyants en dialogue se posent inévitablement les questions essentielles, dont parle le prologue de «Nostra aetate ». Comment ne pas noter que dans le mot « dialogue », le préfixe « dia » qui signifie « à travers » indique bien que dialoguer c'est consentir qu'une autre parole traverse la mienne ? !

 

Une chance. C'est ma conviction. Certes, quand nous disons « le Christ est la plénitude de la révélation de Dieu », on pourrait penser que le chrétien n'a pas grand intérêt à s'efforcer de comprendre ce qui fait vivre les hommes dans les autres religions.

Alors on doit se souvenir de deux choses :

 

1. le Christ, en tant que Verbe de Dieu, est - comme le Père et l'Esprit - présent à tout homme depuis toujours. Les autres religions, quand elles nous parlent de la présence de Dieu dans l'homme, importent donc aussi au chrétien dans sa propre expérience de foi. Ce que l’Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l’histoire des peuples, dans les cultures et les religions, remplit une fonction d’Evangélisation.

 

2. les autres croyants peuvent nous aider à accéder à une meilleure conscience de notre identité chrétienne. C'est ce que dit le document « Dialogue et annonce » : « La plénitude de la vérité reçue en Jésus Christ ne donne pas au chrétien la garantie qu'il a aussi pleinement assimilé cette vérité... La vérité n'est pas une chose que nous possédons... mais une personne par qui nous devons nous laisser posséder... C'est une entreprise sans fin... Par le dialogue, les chrétiens peuvent être parfois conduits à accepter que la compréhension de leur foi soit purifiée » ( 49). Les autres nous fortifient dans notre chemin de croyants : ils nous incitent à la cohérence pour être «toujours prêts à mieux expliquer et à rendre compte de l'espérance qui est en nous » (Pierre).

 

Finalement le dialogue inter religieux suppose des uns et des autres, beaucoup de persévérance.

 

Mais, à la fin des fins, dans un monde frivole comme le nôtre, des croyants en dialogue peuvent rappeler aussi à leurs contemporains la nécessité de la «vie intérieure ». Ils peuvent aider leurs compagnons en humanité à se libérer d'une « vie sans but » évoquée par Pierre dans une de ses catéchèses.

 

Oui, dans ce monde de l'éphémère que nous nous sommes construit, puissent tous les chercheurs de Dieu ou de l'Absolu aider leurs frères et sœurs en humanité à cheminer vers ce Dieu qui nous attend au bout du chemin pour nous introduire en son mystère «où l'homme est saisi au lieu de saisir, où il adore au lieu de raisonner, où il est conquis lui-même au lieu de conquérir » (1) !

 

Cardinal Jean-Louis Tauran

 

(1) K. RANHER, Une foi qui aime le monde, ed. Salvador, p.l8I